Par: Mirielle Gotoas
Au mépris des règles élémentaires de la déontologie administrative, un communiqué officiel du ministère de l’Élevage et de la Santé Animale a été récemment publié le 19 juin pour relayer un fait relevant strictement de la sphère privée, en l’occurrence un cambriolage visant un haut fonctionnaire, suscitant indignation et incompréhension quant à l’usage des attributs de l’État.
Dans une République fondée sur le respect des principes d’intégrité, de neutralité et de séparation entre l’intérêt général et les intérêts particuliers, l’utilisation des symboles officiels ne saurait être abandonnée à l’arbitraire de ceux qui exercent des responsabilités publiques. Pourtant, le document diffusé, revêtu de l’en-tête ministériel et des marques authentiques de l’administration, témoigne d’une dérive préoccupante : celle qui consiste à instrumentaliser les moyens de l’État pour traiter une affaire personnelle, fût-elle regrettable ou émotionnellement éprouvante.

Un tel acte constitue une confusion manifeste des registres. Le cachet d’un ministère, la signature d’un service de communication et la solennité d’un communiqué officiel ne doivent servir qu’à des fins d’intérêt public. En l’espèce, la diffusion d’informations relatives à un vol d’objets personnels — documents, matériel informatique, effets privés — ne relève en rien des missions régaliennes ou sectorielles de l’administration concernée. La mobilisation de ces outils confère à une affaire individuelle une portée institutionnelle indue, créant une ambiguïté pernicieuse entre fonction publique et vie privée.
Au-delà de l’irrégularité formelle, c’est le signal envoyé à la population qui doit interpeller. En donnant à un incident individuel l’apparence d’une communication d’État, les auteurs de ce communiqué instaurent, consciemment ou non, une hiérarchie implicite entre les citoyens. Car tous ne disposent pas du privilège de recourir aux canaux officiels pour faire connaître leur situation personnelle. Cette disparité alimente le sentiment d’un traitement inégal et d’une appropriation des ressources publiques par une élite administrative.
Ce glissement est d’autant plus dommageable qu’il fragilise la crédibilité de la parole publique. À force de voir les instruments de communication officielle détournés de leur vocation première, le citoyen pourrait légitimement douter de la finalité des messages émanant des institutions. L’autorité de l’État repose en grande partie sur la rigueur et la probité de ses actes ; toute confusion ou banalisation de ses symboles contribue à en éroder la portée.
Il est impératif que les principes encadrant l’usage des moyens administratifs soient rappelés avec fermeté. La fonction publique n’est ni un privilège personnel ni un outil au service d’intérêts privés. Elle implique, au contraire, une exigence d’exemplarité constante, fondée sur la retenue, le sens de l’intérêt général et le respect scrupuleux des règles établies.
En définitive, ce type de dérive, en apparence anodin, révèle une faille plus profonde dans la culture administrative : celle d’une confusion persistante entre ce qui relève de l’État et ce qui relève de l’individu. La dénoncer n’est pas seulement un devoir moral, mais une nécessité pour préserver la dignité des institutions et la confiance indispensable entre les citoyens et ceux qui les servent.
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