Par: Herman Judes Ngollo
La défaillance d’un équipement stratégique à la centrale hydroélectrique de Boali 2 annonce plusieurs mois de perturbations électriques à Bangui. Entre délais de fabrication, transport de pièces et fragilisation du réseau, la capitale centrafricaine se prépare à affronter une période d’incertitude énergétique sans précédent.
La récente annonce du directeur général par intérim de l’Énergie centrafricaine (ENERCA), Bienvenu Monybeya, est venue confirmer les craintes latentes des habitants de Bangui : la capitale et ses environs s’acheminent vers une nouvelle crise énergétique dont la portée dépasse largement les désagréments habituels. La visite de terrain effectuée le 20 janvier 2026 sur le site de Boali 2 a révélé une situation d’une rare gravité. L’un des groupes de la centrale hydroélectrique est totalement à l’arrêt en raison de la défaillance d’un disjoncteur central, élément essentiel du système, gravement endommagé et impossible à réparer localement. La pièce doit être fabriquée en Chine, avec un délai de production d’environ quarante-cinq jours, auxquels s’ajouteront les délais d’acheminement. Selon les responsables techniques, la remise en service du groupe n’interviendra pas avant au moins six mois, laissant entrevoir une période prolongée de coupures fréquentes et imprévisibles.
Les conséquences de cette panne s’imposent déjà dans le quotidien des Centrafricains. Depuis plusieurs semaines, les interruptions récurrentes d’électricité désorganisent profondément la vie domestique, économique et sociale. Les petites entreprises, les ateliers et les commerces voient leur activité paralysée à chaque nouvelle coupure, aggravant un contexte économique déjà fragile. Les ménages, contraints de s’adapter à l’obscurité et à la chaleur, subissent des difficultés accrues pour conserver les denrées alimentaires ou maintenir un cadre d’étude adéquat pour les enfants.
Au-delà des répercussions immédiates, cette crise met en lumière la vulnérabilité structurelle du système électrique centrafricain. La dépendance à un nombre limité d’infrastructures clés expose le pays à des perturbations majeures dès la moindre défaillance. L’image de fiabilité du réseau, déjà fragile, se trouve davantage entamée, risquant de décourager les investisseurs et de freiner des projets de développement essentiels. Dans un climat d’incertitude croissante, la confiance des populations envers les institutions techniques et administratives se trouve mise à rude épreuve, malgré les efforts de l’ENERCA pour identifier des solutions provisoires. Les mesures d’appoint envisagées – comme l’utilisation accrue de groupes de substitution – restent coûteuses et ne sauraient constituer une réponse durable à la panne d’un équipement aussi central.
Cette crise énergétique agit ainsi comme un révélateur brutal des fragilités profondes du pays en matière d’infrastructures. Elle souligne l’urgence d’engager des investissements structurants, de renforcer les capacités de maintenance, de diversifier les sources d’énergie et de planifier le développement du réseau avec davantage d’anticipation. Tant que ces enjeux fondamentaux ne seront pas pris à bras-le-corps, les populations resteront exposées aux conséquences d’un réseau électrique précaire, oscillant au gré de défaillances imprévisibles. L’arrêt prolongé du groupe de Boali 2 apparaît dès lors non seulement comme une panne technique, mais comme une épreuve collective appelant à une refonte profonde des priorités énergétiques nationales.
