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Par la redaction de MBETI MEDIA

En se rendant en République centrafricaine pour une visite officielle de deux jours, la première d’un chef de la diplomatie française depuis près de huit ans, Jean‑Noël Barrot a marqué une étape décisive dans le réchauffement des relations entre Paris et Bangui, multipliant rencontres politiques, initiatives de terrain et engagements concrets pour sceller une normalisation durable.

Le 12 mars, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean‑Noël Barrot, est arrivé à Bangui pour une visite hautement symbolique qui confirme la volonté de Paris de renouer avec un partenaire historique après une longue période de tensions. Cette visite, la première depuis 2018, s’inscrit dans la dynamique de réengagement amorcée à la suite des discussions initiées en avril 2024 entre les présidents français et centrafricain. Elle intervient alors que la République centrafricaine, marquée par une influence russe croissante, poursuit un délicat exercice d’équilibrage de ses alliances.

Dès son arrivée, le ministre français a annoncé la fin des tensions diplomatiques qui avaient profondément altéré la coopération bilatérale entre 2020 et 2021, période durant laquelle la France avait suspendu son aide budgétaire et réduit significativement sa coopération militaire, tandis que Bangui l’accusait d’ingérence. Les premiers signes d’apaisement, observés depuis 2024, s’étaient déjà traduits par la reprise des appuis financiers, notamment l’octroi d’un appui budgétaire de 10 millions d’euros fin 2024, suivi d’un prêt de 25 millions d’euros conclu en octobre 2025. La présente visite confirme cette normalisation progressive.

Le 13 mars a constitué la journée la plus dense du déplacement. Jean‑Noël Barrot a rencontré le Premier ministre centrafricain Félix Moloua, puis ensuite la ministre des Affaires étrangères Sylvie Notefé née Baïpo‑Temon, autre acteur clé de la relation bilatérale. Au cours de ces échanges, les discussions ont porté sur la relance de la coopération, la stabilité régionale et la nécessité d’une collaboration renforcée dans les secteurs prioritaires.

Dans le prolongement de ces rencontres politiques, le ministre s’est rendu sur plusieurs sites stratégiques soutenus par l’Agence française de développement (AFD), notamment les chantiers d’aménagement urbain destinés à atténuer les effets des inondations qui frappent régulièrement Bangui. Ces projets témoignent d’une approche concrète du partenariat franco‑centrafricain, axée sur la résilience urbaine et l’amélioration des conditions de vie des populations vulnérables.

Jean‑Noël Barrot a ensuite visité la maison du Mouvement des survivantes de Centrafrique (Mosuca), organisation engagée dans la défense des droits des femmes et l’accompagnement des survivantes de violences. Ce déplacement illustre la volonté de la France d’appuyer les initiatives locales en matière de droits humains et de renforcer les partenariats avec la société civile. Le ministre a également échangé avec de jeunes leaders mobilisés pour la protection de l’environnement, soulignant l’importance des enjeux climatiques dans les politiques de coopération.

Un temps fort de la visite fut consacré à l’Institut Pasteur de Bangui. Le ministre y a inauguré le nouveau laboratoire de référence de l’OMS pour la poliomyélite en Afrique, avant de poser la première pierre du futur bâtiment de l’institution. À cette occasion, il a annoncé une subvention de 7 millions d’euros afin de renforcer les capacités scientifiques et sanitaires du pays, geste salué comme un signal fort de l’engagement français en faveur de la santé publique et de la recherche biomédicale.

Dans le volet militaire et sécuritaire de son programme, Jean‑Noël Barrot s’est rendu auprès de la mission européenne EUTM chargée de former les Forces armées centrafricaines, ainsi qu’à la MINUSCA, la mission de maintien de la paix des Nations unies, confirmant l’importance du soutien international dans la stabilisation du pays. Ces visites s’inscrivent dans une volonté affichée d’appuyer les efforts de professionnalisation des forces locales et de renforcer la coopération sécuritaire dans un contexte régional toujours fragile.

Enfin, au cours de cette même journée, le ministre français a été reçu par le président Faustin‑Archange Touadéra. Cette rencontre au sommet conclut un déplacement dense, pensé comme un geste politique fort visant à consacrer la relance des relations entre Paris et Bangui, à un moment où le chef de l’État centrafricain revenait d’une visite à Moscou. Elle confirme la volonté réciproque de renouer un dialogue stratégique fondé sur la confiance, la coopération concrète et une vision commune de l’avenir.

Par cette visite ambitieuse, Jean‑Noël Barrot a posé les jalons d’un partenariat rénové entre la France et la République centrafricaine, combinant gestes diplomatiques, engagements financiers, initiatives sociales, actions sécuritaires et soutien scientifique. Reste désormais à savoir si cette dynamique nouvelle se traduira durablement par un rapprochement équilibré et mutuellement bénéfique pour les deux nations.

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