Par la rédaction de MBETI MEDIA
Figure politique influente et fondateur de la Radio Lego Ti A Molengue Ti Beafrica, Fidèle Gouandjika a installé sa voix et celle de son média au cœur du débat national centrafricain. Entre promesse d’expression populaire et exercice contesté d’un pouvoir médiatique personnalisé, sa radio s’impose comme un instrument majeur de la vie publique, révélant autant les aspirations citoyennes que les tensions d’une société en quête de repères.
Créée au sein du Palais des Goundjika, à Bangui, la Radio Lego Ti A Molengue Ti Beafrica se définit avant tout comme un espace destiné à libérer la parole des Centrafricains. Son fondateur, Fidèle Gouandjika, revendique ouvertement la volonté d’offrir à chaque citoyen une tribune où il peut s’exprimer sans contrainte ni tabou, notamment par le biais des antennes libres, qui donnent la parole au public les samedis et dimanches en langue sango. Cette démarche a permis à la station de s’affirmer comme un lieu d’échange direct entre la population et les autorités, puisque responsables politiques de la majorité comme de l’opposition sont régulièrement invités à débattre en direct. Dans un pays où la parole institutionnelle a souvent paru lointaine, cette proximité revendiquée confère à la radio une fonction quasi tribunitienne.
Cependant, ce rôle d’animateur du débat public s’accompagne d’une ambiguïté croissante. Plusieurs enquêtes journalistiques ont mis en lumière l’usage polémique que Fidèle Gouandjika ferait de son antenne, notamment dans le cadre d’affaires foncières ou de querelles politiques. Il lui est reproché d’y mener de véritables campagnes d’hostilité contre certaines familles ou individus, en relayant sans vérification des accusations unilatérales et en appelant parfois à des actions de terrain qui excèdent les simples limites de l’expression médiatique. Dans ces moments où la radio devient l’outil d’un homme, et non plus la scène d’un peuple, elle semble franchir une frontière délicate entre information, opinion et intimidation.
La figure de Fidèle Gouandjika occupe ainsi une position centrale dans l’interprétation du rôle social de sa radio. D’un côté, il apparaît comme l’artisan d’une démocratisation de la parole publique, offrant aux centrafricains un espace d’écoute et de contestation rare dans le pays. De l’autre, son statut de ministre-conseiller et sa propension à intervenir de manière volontariste sur les ondes nourrissent l’idée d’un pouvoir médiatique personnalisé, susceptible de peser sur les perceptions, de galvaniser les foules ou d’influencer des affaires en cours. Cette dualité reflète les tensions d’une nation où les institutions cherchent encore leur équilibre, où l’expression libre peut rapidement se heurter aux stratégies de pouvoir.
Dans cette dynamique complexe, la Radio Lego Ti A Molengue Ti Beafrica s’impose comme un acteur incontournable : espace populaire vibrionnant, tribune politique, parfois tribunal improvisé, elle incarne les contradictions de la République centrafricaine contemporaine. Elle révèle un pays avide de s’exprimer, mais aussi vulnérable aux dérives d’une parole trop puissante lorsqu’elle ne s’entoure pas des garanties propres à l’éthique journalistique. En cela, le rôle de Fidèle Gouandjika et de sa radio dépasse le simple cadre médiatique : il témoigne d’une société qui cherche encore à définir les contours de son espace public, à la croisée de la liberté, de l’autorité et de la responsabilité collective.
