Par: Mirielle Gotoas
La ville de Zémio située dans le sud‑est de la République centrafricaine ploie sous l’afflux de milliers de déplacés internes fuyant les récents affrontements, tandis que l’accès routier quasi impossible empêche l’acheminement de l’aide d’urgence. La ville isolée s’enfonce chaque jour davantage dans une crise humanitaire alarmante.
La ville de Zémio, au cœur de la préfecture du Haut‑Mbomou, est aujourd’hui le théâtre d’une détresse humaine profonde. Les affrontements ayant opposé récemment les Forces armées centrafricaines (FACA), appuyées par leurs alliés, à la milice Azandé Ani Kpi Gbé ont provoqué une vague de violences qui a contraint des milliers de familles à abandonner précipitamment leurs foyers. Selon le constat dressé par Mgr Aurelio Gazzera, évêque coadjuteur de Bangassou, plus de 30 000 déplacés internes sont regroupés sur les sites de la ville, dont plus de 2 000 vivent dans une précarité extrême, sans ressources, sans eau, sans soins adéquats.
Cette catastrophe humaine est aggravée par un isolement logistique particulièrement brutal. L’accès au Haut‑Mbomou par voie routière est de plus en plus difficile pour les organisations humanitaires en raison de l’insécurité et de l’état dégradant des routes. Les convois terrestres ne peuvent plus circuler, coupant la ville de toute possibilité de ravitaillement régulier. Dans ces conditions, seule la voie aérienne permet encore d’acheminer du personnel et du matériel depuis Bangui, mais en quantités dérisoires face à l’ampleur des besoins. Cet enclavement place les déplacés internes dans une situation de vulnérabilité extrême, tandis que les structures locales tentent tant bien que mal de contenir une crise qui dépasse leurs capacités.
La pénurie alimentaire s’installe durablement, nourrie par l’impossibilité pour les habitants de rejoindre leurs champs et par la fermeture des boutiques locales. Les réserves s’amenuisent rapidement, et l’absence de corridors d’approvisionnement fait craindre une détérioration accélérée de la situation nutritionnelle. L’eau potable manque, les rares points accessibles sont saturés, et les conditions d’hygiène sur les sites de déplacés deviennent préoccupantes.
En dépit de ces obstacles, le Comité international de la Croix‑Rouge (CICR) parvient encore à maintenir une présence opérationnelle à Zémio. En collaboration étroite avec le comité local de la Croix‑Rouge centrafricaine, ses équipes apportent un soutien vital aux déplacés internes : distribution de médicaments, de biens essentiels, prise en charge des blessés, etc. Leur action, bien que déterminante, reste limitée par les difficultés d’accès, les contraintes sécuritaires et l’ampleur du drame humanitaire.
Zémio est aujourd’hui suspendue dans une urgence permanente. Les dizaines de milliers de déplacés internes qui y ont trouvé refuge vivent dans l’incertitude, dépendants d’une aide insuffisante et soumis à des conditions de survie de plus en plus précaires. Sans une mobilisation plus soutenue et un accès humanitaire rétabli, la crise risque de s’aggraver encore, menaçant directement la vie de milliers d’enfants, de femmes et de personnes âgées déjà épuisés par la violence.
