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Par: Joel Marcus Zombeti

La multiplication anarchique des débits de boissons et motels dans la capitale centrafricaine, souvent installés à quelques mètres seulement des écoles et des espaces de loisirs, suscite une vive inquiétude parmi les habitants comme au sein des autorités locales. Ce phénomène, nourri par une demande commerciale croissante, expose particulièrement la jeunesse à des risques qui ne cessent de s’amplifier.

Dans les rues de Bangui, il suffit désormais de parcourir quelques centaines de mètres pour croiser l’un de ces nombreux établissements où l’alcool coule à toute heure du jour et de la nuit. Le phénomène, autrefois circonscrit à certains quartiers, s’est étendu au point de devenir omniprésent, bouleversant les habitudes urbaines et fragilisant les repères sociaux. L’attrait économique qu’offrent ces commerces, exigeant peu de capital et assurant une clientèle régulière, a encouragé une prolifération souvent dépourvue de toute régulation. Cette évolution inquiète d’autant plus qu’elle s’observe fréquemment à proximité immédiate des écoles, où les élèves côtoient quotidiennement des lieux de consommation qui ne devraient, en principe, leur être accessibles sous aucun prétexte.

Les habitants se montrent de plus en plus alarmés par les conséquences visibles de cette situation. Les enseignants constatent, impuissants, l’apparition de comportements à risque chez certains élèves, séduits par la facilité d’accès à l’alcool. Des cas d’ivresse juvénile, autrefois rarissimes, sont désormais rapportés avec une régularité préoccupante. À cela s’ajoute un climat d’insécurité qui s’intensifie autour de ces établissements, souvent ouverts tard dans la nuit et servant de point de ralliement à des groupes dont les activités s’accompagnent parfois de violences ou de délinquance. Les riverains évoquent également les nuisances sonores qui perturbent le repos, contribuant à détériorer le cadre de vie de quartiers entiers.

Face à cette situation, les autorités locales tentent de réagir, conscientes des fractures sociales que cette prolifération non maîtrisée peut entraîner. Le manque de dispositifs alternatifs pour les jeunes, combiné à la faiblesse des opportunités d’emploi pour les adultes, contribue à maintenir ce modèle commercial comme une solution de dernier recours pour de nombreuses familles. Les autorités se retrouvent dès lors confrontées à un dilemme : protéger la jeunesse tout en tenant compte des réalités économiques d’une population souvent en quête de moyens de subsistance.

De nombreux acteurs de la société civile appellent désormais à un renforcement des mesures de régulation, mais aussi à une réflexion plus globale sur l’aménagement urbain et la création d’espaces de détente sains et accessibles. Ils insistent sur l’urgence d’un travail de sensibilisation auprès des jeunes, afin de limiter l’attrait d’une consommation précoce d’alcool dont les conséquences, tant physiques que psychologiques, pourraient peser durablement sur l’avenir de la génération montante.

La prolifération incontrôlée des débits de boissons et des motels ne constitue pas seulement un enjeu de santé publique : elle révèle, en filigrane, les défis plus profonds auxquels Bangui doit faire face pour préserver son tissu social et protéger ses citoyens, en particulier les plus vulnérables. Dans une capitale en pleine mutation, la recherche d’un équilibre entre activité économique et préservation du bien-être collectif demeure plus que jamais un impératif.

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