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Par la rédaction de MBETI MEDIA

Empêché de reprendre ses fonctions à la tête de la délégation spéciale de Bangui à l’issue de sa mise en disponibilité électorale, Émile Raymond Gros Nakombo dénonce une manœuvre politique et annonce une saisine de la justice. Son cas illustre les zones d’ombre persistantes de la gouvernance municipale et les fragilités de l’État de droit local.

La situation que traverse la mairie de Bangui cristallise de manière éloquente les tensions récurrentes entre légalité administrative, opportunités politiques et rapports de force institutionnels. Nommé par décret le 5 mai 2016 Président de la délégation spéciale de la ville de Bangui, sur proposition du ministre de l’Administration du territoire Jean Serge Bokassa, en remplacement de Mme Hyacinthe Wodobodé, Émile Raymond Gros Nakombo demeure juridiquement en fonction, son décret de nomination n’ayant jamais été abrogé. Pourtant, le 20 avril dernier, il s’est vu empêcher par ses propres collaborateurs l’accès à son bureau, alors même qu’expirait le délai réglementaire de sa mise en disponibilité consécutive à sa participation aux élections législatives du 28 décembre dans la circonscription de Sosso-Nakombo.

Au lendemain de cet incident, le 21 avril, l’intéressé a convoqué la presse pour exposer publiquement une situation qu’il estime contraire au droit et aux principes républicains. Selon lui, la fin du processus électoral, officiellement close par la proclamation définitive des résultats par le Conseil constitutionnel en février, aurait dû ouvrir la voie à sa réintégration automatique dans ses fonctions. Il affirme toutefois s’être heurté à de fortes résistances, notamment de la part du ministère de l’Administration du territoire, qu’il soupçonne de privilégier une solution politique à une lecture stricte des textes en vigueur.

La posture du Président de la délégation spéciale se veut à la fois combative et légaliste. Émile Raymond Gros Nakombo annonce son intention de saisir la justice afin de faire reconnaître ses droits, considérant que l’empêchement dont il fait l’objet constitue une entrave manifeste à l’exercice d’un mandat toujours valide. Cette judiciarisation annoncée du conflit met en lumière l’embarras des autorités de tutelle, qui semblent, selon des informations relayées par RJDH, opter pour le maintien de l’intérimaire en poste jusqu’à l’installation d’une nouvelle équipe municipale, reléguant de facto la « carte Nakombo » au second plan des priorités administratives.

Ce nouvel épisode s’inscrit dans une longue séquence de turbulences politiques qui jalonnent le parcours d’Émile Raymond Gros Nakombo à la tête de la mairie de Bangui. Dès 2019, un rapport du ministère de l’Administration du territoire avait dressé un tableau sévère de sa gestion, au point qu’au cours d’une réunion des conseillers municipaux, le ministre avait publiquement retiré sa confiance à l’intéressé. En mai 2022, l’Assemblée nationale était allée plus loin encore, exigeant sa démission pour absence de bilan jugé probant. À ces prises de position institutionnelles se sont ajoutées, au fil des années, des manifestations d’employés municipaux réclamant son départ.

Pourtant, malgré cette accumulation de pressions politiques, administratives et sociales, Émile Raymond Gros Nakombo est resté en place, donnant l’image d’un responsable résistant à toutes les secousses d’un environnement politique instable. C’est précisément cette résilience qui alimente aujourd’hui les interprétations selon lesquelles sa mise en disponibilité aurait servi de levier discret pour mettre un terme à un règne municipal jugé inamovible par certains cercles de pouvoir.

L’affaire dépasse ainsi le seul cas personnel du Président de la délégation spéciale. Elle interroge plus largement la gestion des transitions institutionnelles à l’échelle locale, la clarté des procédures encadrant les mises en disponibilité électorales et, surtout, le respect effectif des textes lorsque ceux-ci entrent en contradiction avec des choix politiques implicites. En l’absence d’abrogation formelle de son décret, la situation actuelle entretient une ambiguïté juridique lourde de conséquences pour la crédibilité de l’administration territoriale.

À Bangui, ce bras de fer révèle en filigrane une difficulté persistante à concilier stabilité institutionnelle, renouvellement politique et primauté du droit. La décision annoncée d’Émile Raymond Gros Nakombo de porter l’affaire devant les juridictions pourrait, au-delà de son sort personnel, contraindre les autorités à clarifier un cadre juridique trop souvent soumis aux aléas des rapports de force, au risque d’affaiblir durablement la confiance des citoyens dans leurs institutions municipales.

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