Par: Anne Monica Gounadjou
Remis officiellement le 29 avril à Bangui par la Minusca, le Guide de bonne conduite en droits de l’homme et en droit international humanitaire destiné aux Forces de défense et de sécurité marque une étape importante dans l’effort de professionnalisation des services de sécurité. Au-delà du document, c’est un message politique et humain que les autorités entendent adresser aux forces comme aux populations.
La remise du Guide de bonne conduite en droits de l’homme et en droit international humanitaire n’avait rien d’un cérémonial creux. Le document, destiné à la Police, à la Gendarmerie et aux Forces armées centrafricaines, est avant tout présenté comme un compagnon de terrain, un repère pour des agents souvent confrontés à des situations complexes, tendues, parfois dramatiques, au contact direct des populations civiles. L’initiative portée par la Minusca et acceptée par le gouvernement traduit une volonté partagée : faire du respect du droit une boussole dans l’exercice quotidien de l’autorité publique.
Conçu comme un outil permanent d’information et de sensibilisation, le guide rappelle avec pédagogie les missions fondamentales des Forces de défense et de sécurité, leur raison d’être et les limites qui encadrent leur action. Il détaille les règles essentielles de protection des droits de l’homme, les principes du droit international humanitaire et les obligations qui s’imposent aux agents de l’État, tout en évoquant sans détour les conséquences de leur non-respect. Loin d’un texte abstrait, il entend répondre à une réalité concrète : sur le terrain, les forces de sécurité sont souvent prises entre l’urgence opérationnelle et la nécessité de préserver la dignité humaine.
Le ministre d’État chargé de la Justice, de la Promotion des droits humains et de la Bonne gouvernance, Arnaud Djoubaye Abazene, a tenu à rappeler la finalité profonde de ce document. Selon lui, il ne s’agit ni d’un rappel à l’ordre ponctuel ni d’une concession faite aux partenaires internationaux, mais d’un instrument destiné à harmoniser les pratiques, prévenir les abus et, surtout, reconstruire la confiance entre les forces de sécurité et les citoyens centrafricains. La confiance, a-t-il laissé entendre, est aujourd’hui l’un des piliers les plus fragiles de la stabilité du pays, mais aussi l’un des plus décisifs.
Dans un contexte national encore marqué par les stigmates des crises passées, chaque interaction entre un agent en uniforme et un civil porte une charge symbolique forte. Pendant longtemps, l’autorité armée a été perçue par une partie de la population comme une source d’inquiétude plutôt que de protection. En insistant sur la prévention des violations et la responsabilité individuelle, le guide cherche à inverser cette perception et à inscrire durablement l’action sécuritaire dans un cadre légal et humain partagé.
La portée du discours ministériel réside aussi dans son appel implicite à un changement de culture professionnelle. Respecter les droits humains n’est plus présenté comme une contrainte imposée de l’extérieur, mais comme une condition de l’efficacité et de la légitimité de l’État. À travers ce document, les autorités affirment que la sécurité durable ne peut être dissociée du respect des règles, ni la force séparée du droit.
En remettant officiellement ce guide, le gouvernement et la Minusca envoient enfin un signal aux populations : la protection des civils et la dignité humaine doivent se situer au cœur de l’action des Forces de défense et de sécurité. Reste désormais le plus difficile : faire vivre ces principes au quotidien, dans les commissariats, les brigades et sur les lignes d’opération. C’est à ce prix que le texte cessera d’être un simple manuel pour devenir un véritable socle de confiance entre l’État et ceux qu’il a pour mission de protéger.
