Par la rédaction de Mbéti Média
L’opération “Kwa ti kodro”, lancée en 2022 par le président Faustin-Archange Touadéra, est une initiative citoyenne visant à lutter contre l’insalubrité et à améliorer l’assainissement en République centrafricaine. Inspirée de modèles au Rwanda et en RDC, elle cherche à nettoyer les rues et les espaces publics. Des journées de travail communautaire hebdomadaires sont organisées, avec la participation occasionnelle du président et de ses ministres, témoignant d’une volonté politique de changement.
Cependant, malgré ces intentions louables, la réalité sur le terrain est préoccupante. La ville de Bangui demeure très sale, avec des poubelles entassées sur les bords des avenues et des ordures omniprésentes dans les espaces publics. La prolifération des sachets en plastique, souvent jetés par la population dans la rue, illustre un problème d’hygiène et d’assainissement qui semble persister, voire s’aggraver, trois ans après le lancement de l’opération. Cette situation soulève des questions essentielles sur l’efficacité et la durabilité de l’initiative.
L’un des principaux problèmes réside dans la participation de la population. Dans plusieurs arrondissements, les citoyens semblent désengagés, préférant se mobiliser uniquement lorsque le président ou ses ministres sont présents, dans l’espoir de recevoir des frais de rafraîchissement à la fin de la journée. Ce comportement révèle un manque de motivation intrinsèque et de sentiment d’appartenance à la communauté. L’opération, qui aurait dû renforcer la cohésion sociale et l’engagement civique, semble avoir échoué à mobiliser les citoyens de manière durable.
De plus, l’absence de suivi et de mesures concrètes pour assurer la continuité des efforts de nettoyage peut également expliquer l’inefficacité de l’opération. Les journées de travail communautaire, bien qu’elles soient un bon point de départ, ne suffisent pas à instaurer une culture de propreté et de respect de l’environnement. Sans un système de gestion des déchets efficace et une sensibilisation continue à l’importance de l’assainissement, les résultats demeurent éphémères.
Enfin, il est crucial de considérer les enjeux socio-économiques sous-jacents. La RCA fait face à des défis majeurs, notamment la pauvreté et l’instabilité politique, qui influencent les comportements des citoyens. Dans un contexte où les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits, il est difficile d’attendre des populations qu’elles s’engagent activement dans des initiatives d’assainissement.
En conclusion, l’opération “Kwa ti kodro” illustre les défis complexes auxquels la République centrafricaine est confrontée en matière d’assainissement et de gestion des déchets. Bien que l’initiative ait été lancée avec de bonnes intentions, son efficacité est compromise par un manque d’engagement citoyen, une absence de suivi et des problématiques socio-économiques profondes. Pour que Bangui et ses environs puissent réellement bénéficier d’un assainissement durable, il est impératif de repenser les stratégies mises en place et d’encourager une participation active et continue de la population.
