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Par la rédaction de MBETI MEDIA

Plus de trois mois après l’enlèvement de la sous‑préfète de Bambouti, Koumba Ndiaye, et d’autres agents de l’État par la milice Azandé Ani Kpi Gbé, les négociations engagées pour leur libération avancent à pas comptés. Entre médiations humanitaires, exigences politiques contradictoires et silence calculé des autorités, le dossier révèle les fragilités persistantes de l’État centrafricain dans son sud‑est.

Enlevée le 28 décembre 2025 lors de l’attaque de Bambouti, à la frontière sud‑soudanaise, la sous‑préfète Koumba Ndiaye est toujours retenue, aux côtés d’un gendarme et d’autres personnes, par les miliciens Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG), groupe d’autodéfense zandé apparu en 2023 dans le Haut‑Mbomou. Si la ville a été reprise dès les premiers jours de janvier par les Forces armées centrafricaines et leurs alliés, les ravisseurs se sont repliés dans la brousse avec leurs otages, installant un rapport de force durable.

Depuis lors, l’information circule au compte‑gouttes. Les autorités de Bangui se sont longtemps contentées d’affirmations générales sur l’ouverture de « discussions », sans calendrier ni cadre public clairement identifié. Ce silence officiel, dénoncé par les familles et les organisations de défense des droits humains, a été partiellement rompu début février, lorsqu’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux a montré la sous‑préfète, un gendarme et deux autres otages en vie, appelant explicitement au dialogue. Ce signe de vie a confirmé que les otages étaient toujours détenus mais a surtout mis en lumière la stratégie de l’AAKG : internationaliser et moraliser sa cause plutôt que monnayer une rançon.

Contrairement à d’autres crises d’otages dans la région, les revendications formulées par les miliciens n’ont pas porté sur des compensations financières. Selon plusieurs sources médiatiques locales, l’AAKG exige avant tout la libération de deux de ses commandants, arrêtés puis portés disparus à Bangui après des opérations menées en 2025. Cette demande place le gouvernement face à un dilemme politique et sécuritaire : céder ouvrirait la voie à un dangereux précédent, refuser prolongerait une captivité devenue symbole d’impuissance étatique.

Dans ce contexte, la médiation a progressivement été externalisée. Le Comité international de la Croix‑Rouge (CICR) a fait savoir dès le début du mois de février qu’il se tenait prêt à agir comme intermédiaire neutre, à condition d’obtenir un mandat formel du gouvernement et l’accord des parties. La MINUSCA, de son côté, multiplie les appels publics à une libération « immédiate et sans conditions » et soutient les démarches des leaders religieux, très actifs dans le Haut‑Mbomou, pour maintenir un canal de discussion ouvert avec les miliciens.

Malgré ces initiatives, aucun accord concret n’a encore émergé. Les réunions de médiation organisées à Obo et les messages relayés par les autorités préfectorales n’ont pas débouché sur un compromis, en raison notamment de la méfiance profonde de l’AAKG envers l’appareil sécuritaire centrafricain et ses alliés. La milice, qui se présente comme protectrice des populations zandé face aux exactions de groupes rebelles concurrents, estime être injustement criminalisée après avoir été, un temps, tolérée voire soutenue dans la lutte contre l’UPC. Cette ambiguïté originelle complique aujourd’hui toute négociation, les miliciens cherchant des garanties politiques là où l’État privilégie un traitement strictement sécuritaire.

Au‑delà du sort individuel des otages, la crise de Bambouti met à nu une réalité plus large : la difficulté structurelle de l’État centrafricain à rétablir son autorité dans des zones périphériques longtemps abandonnées. Dans le Haut‑Mbomou, la faiblesse des services publics, la porosité des frontières et la coexistence de multiples acteurs armés rendent toute issue fragile. La libération de la sous‑préfète, si elle intervenait, ne suffirait pas à résoudre les causes profondes du conflit, mais son enlisement continu alimente un climat de défiance et d’insécurité qui pèse lourdement sur les populations locales.

À ce stade, les négociations existent bel et bien, mais elles restent dispersées, prudentes et largement tributaires de médiateurs extérieurs. Tant qu’un cadre clair et assumé ne sera pas établi par les autorités centrales, la crise de Bambouti continuera d’illustrer l’écart entre les proclamations de souveraineté retrouvée et la réalité instable des confins centrafricains.

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